1971
Pour entrer sans détour dans la confidence, je ne me rappelle pas comment s’est développé mon intérêt pour la musique puisque que je n’ai fréquenté aucune église baptiste dès le plus jeune âge, et que seuls les noms d’André Torrent ou de François Diwo (animateurs populaires sur RTL) évoquent vaguement un accompagnement régulier pour cette matière. En revanche, de vagues souvenirs font remonter à Isaac Hayes et au générique de la série télévisée Shaft, diffusée le week-end, comme la toute première musique noire étrangère significative pour mes tympans. Richard Roundtree l’acteur, était rapidement devenu le héros de toute la famille, avec sa moustache virile, son blouson de cuir noir, son sourire, sa coiffure afro, sa musculature, … La Soul Powerde James Brown et le The Family Affair de Sly and The Family Stone, suivraient occasionnellement sur l’antenne des radios de l’époque. Dans le sud, le comédien méridional Fernandel mourrait et emportait avec lui son personnage Don Camillo avant qu’une publicité pour des pâtes ne le récupère. Il était marseillais. Je l’avais toujours trouvé très bronzé. Cette année-là, c’est à Paris* qu’un accord de cessez-le-feu entre le Vietnam et les Etats-Unis était signé dans la guerre monstrueuse qui les opposait.
* Après tout, c’était bien normal que cela se fasse dans la capitale française, car depuis les années 40, les gouvernements américains successifs aidaient financièrement et militairement leur alliée, la France, à maintenir en Asie du sud-est son empire colonial déjà bien défait à la bataille de Dien Bien Phu par le nationaliste indépendantiste Ho Chi Minh.
1972
En Allemagne, on arrête la bande à Badder, leader de la Fraction Armée Rouge. Aux Etats-Unis, on entend parler d’un énorme scandale qui secouerait le président du pays Richard Nixon, le Watergate. Les compagnies allemandes et néerlandaises Philips et Siemens fusionnent à 50% pour donner l’entreprise Polygram, spécialisée dans la production et la distribution de produits manufacturés liés à l’industrie du disque. En France, monsieur Pierre Messmer est premier ministre. Quand Nino Ferrer a chanté Je Voudrais Etre Noir, je n’ai pas compris pourquoi. J’ai longtemps pensé qu’il se moquait de nous.
* Des compagnies nées de l’intérêt de servir le grand public de produits de distraction surtout après la fin de la seconde grande guerre européenne et dont la croissance s’explique par un compliqué mais exponentiel système d’alliances, de licences et d’acquisitions d’entreprises liées soit à la production, la distribution ou à l’administration de l’industrie du disque.
1973
A l’automne 1973, j’ai le souvenir d’un malaise dans la société française. Le journal télévisé n’arrête pas d’en parler. Une guerre israélo-arabe du Yom Kippour explique le quadruplement du prix du baril de brut décidé par les pays de l’O.P.E.P pour faire pression sur les pays occidentaux et multiplie, du même. coup, la facture énergétique du pays*. Si la France ne dispose pas de pétrole, elle a des idées**. Sous le septennat de son président, Valéry Giscard d’Estaing, elle se lance dans un grand programme d’économie d’énergie et devient la seconde puissance électronucléaire mondiale. C’est à la même époque que la ceinture de sécurité devient obligatoire aux places avant pour les constructeurs de voitures. Le saxophoniste camerounais Manu Dibango «funk-jazzifie» des rythmes africains – Soul Makossa – mais sa proposition originale et avant-gardiste n’interpelle que les initiés. C’est Kung Fu Fighting, de Carl Douglas, davantage diffusé, que mes parents acceptent d’acheter. C’est l’un des premiers 45 tours de la maison. Pas question, non plus, d’acheter Lady Marmalade de Patti Labelle. Un disque, c’est un luxe et il y a cinq bouches à nourrir, alors pas d’excès. Nous n’avons pas encore la télévision en couleur. On y voit le Belge Eddy Mercks remporter le Tour de France pour la cinquième fois et apprenons que Salvador Allende, premier président du Chili élu démocratiquement, meurt après un coup d’Etat des militaires qui le «remplacent». L’hexagone craque pour Le Zizi de Pierre Perret. Hilarant, il est aussi provocateur dans un pays à l’esprit paillard. Le titre aurait généré 1 milliard d’anciens francs de gains apprendra-t-on.
* L’indice des prix à la consommation passe de 5.5 % (avant le choc du Kippour) à des fluctuations comprises entre 8 % et 14 %. Cette inflation du prix des hydrocarbures casse le rythme de la croissance en Occident en en modifiant également un fondement important, la fin du pétrole à bas prix.
** Référence au slogan, “En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées”.
AUX ÉTATS-UNIS
L’ECHEC ET LA HONTE
La fin des années 60 est une époque de transformations radicales au sein de la société américaine de l’après-gouvernement de Lyndon Johnson*. Après l’échec militaire cuisant infligé par le Vietnam**, suivi d’un mouvement de protestation pour un arrêt de la guerre et d’un retour des boys (le mouvement anti-war). Après une série de protestations revendiquant une considération différente de la femme et de son corps au sein du ménage et de la société (le mouvement féministe). Après les revendications de fierté noire introduites par le black power de la côte Ouest accompagnées d’un mouvement plus large de remise en cause du statu quo raciste et discriminatoire dans le Sud, puis dans le Nord, (le mouvement pour les droits civiques*** + la critique de l’envoi disproportionné de jeunes Noirs pauvres et inexpérimentés sur le front du Vietnam), les U.S.A se consument. Detroit, Newark, Cincinnati, Atlanta, East Oakland, près de 150 autres villes s’insurgent****. Car la vie du pays est basée/ancrée sur l’exclusion raciale extrêmement violente institutionnalisé et entrée dans les mœurs de chaque communautés composant la population. Du sang coule, des coups de matraques pleuvent, des corps sont enterrés. Un sentiment de désobéissance civile embrase une partie des jeunes du pays qui manifeste contre l’ordre établi et l’establishment. Le pays se divise. Ebranlée de toutes parts, attaquée et critiquée de tous côtés, l’Amérique conservatrice, piteuse et honteuse, schizophrène, douteuse de ses valeurs, se mue en une société intermédiaire, prise entre l’obligation de se conformer à son discours officiel et tiraillée par les sautes d’expressions violentes de ses vieux démons rétrogrades. Le 8 août 1974, pour cause de parjure dans l’affaire du Watergate*****, le départ du président Richard Nixon, successeur de Lyndon Johnson, finit d’entamer la confiance du peuple en ses institutions. Il est remplacé par Gerald Ford, lui aussi du parti republican, qui lui accorde le pardon.
* Pétri d’intentions généreuses, il voulait être le président de la reconstruction du pays, allouant des budgets pour une politique sociale visant l’égalité de ses citoyens (fin de la discrimination, programme de refonte des villes, système de protection sociale performant à l’attention des plus faibles). Ses budgets seront finalement affectés à l’effort de guerre.
** En 1975, le chiffre de 57,000 américains morts au Vietnam est avancé. Depuis 1950, les Etats-Unis ont dépensé $155 milliards de dollars en Asie du sud-est. 7 millions de tonnes de bombes ont été lâchées sur le Vietnam, des armes chimiques ont été testées et des milliers de civils vietnamien(ne)s tué(e)s laissant un gouffre physique émotionnel et psychologique permanent.
*** Le mouvement pour les droits civiques est l’aboutissement des politiques de revendications conjuguées des Indiens, des femmes et des Noirs face à leurs libertés individuelles ou collectives bafouées, malgré leur participation à l’effort de guerre (cas des femmes et des Noir(es) ou face à leur isolement et leur négation (cas de Indiens). Il est établi que les boys du Vietnam étaient envoyés selon des critères d’appartenance raciale et sociale. Les plus pauvres ayant constitué le gros des troupes quand les plus aisés réussissaient à se faire exempter. Les Noirs constituaient 10% de la population nationale, 12,5% de l’armée et 14,6% des morts. Une aberration dénoncée par le boxeur Muhammad Ali. Il lui en coûtera son titre de champion du monde.
**** Il est intéressant de constater que les médias focaliseront leur couverture et leurs commentaires sur une demande progressiste d’acceptation des Noirs du Sud par l’Amérique blanche du Sud, alors que les affrontements entre polices locales et populations noires ayant émigré hors-sud tend à prouver que cette demande visait les difficultés rencontrées lors de l’installation des Noir(e)s dans TOUS les états du pays. Preuve d’un racisme national.
***** Le Watergate est l’histoire de la révélation de deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, d’une affaire d’espionnage des activités du parti democrat par des membres du parti du président republican le 17 juin 1972 via le placement dans ses bureaux de micros. Un crime connu, couvert et longtemps nié par sa direction.
LA DÉCEPTION
Malgré une volonté «négociée» au couteau d’améliorer le sort d’une communauté noire dont la fraction pauvre est la plus tenue à l’écart*, les effets de cette absolution nationale sont noyés dans la récession qui balaye l’Amérique du début des années 70 ; notamment la crise du pétrole qui atteint de plein fouet un pays aux longues et lourdes voitures. Paradoxalement, ce début de décennie est marqué par une sorte de refus d’une vision avortée de la société idéale de Martin Luther King Jr.** remplacée par une nouvelle donne économique, mais surtout morale. Si, en Angleterre, ses victimes économiques traduisent leur frustration via l’apparition et l’explosion radicale de «choking» punks extra-«sentimentalisés» et fanatisés par leur public (les groupes Clash et autres Sex Pistols, relais d’un mouvement contestataire***), ici, leurs doubles américains gèrent leur amertume en se réfugiant dans une autre culture de l’artifice et de la consommation à outrance, où le corps est roi, la libération sexuelle consommée. A l’instar des drogues (douces et moins douces) dont les marchés respectifs explosent. Sex, drugs and rock ‘n’ roll devient la philosophie de vie d’une génération d’Américain(e)s aisé(e)s, quand une autre ramène au pays la violence vécue au/héritée du Vietnam. C’est dans ce contexte qu’apparaît la culture de la rébellion hippy (des jeunes Blanc(he)s), des privilégié(e)s des banlieues et des campagnes qui veulent changer le monde incarnés par Robert Allen Zimmerman/Bob Dylan ; et de la disco (des jeunes non-Blanc(he)s), des défavorisés des centres-villes qui veulent, eux, y participer. Woodstock, psychédélisme, LSD, marijuana et idéal pour les premiers. Drogues dures, déception, frustration et enclaves à la Bronx du Sud pour les seconds.
* On oublie trop souvent que la Communauté noire est composée à 60% de gens issus de la classe moyenne et de la classe supérieure pour ne voir que la frange cible privilégiée des médias, celle des pauvres à hauteur de 40%.
** En perte de vitesse chez les noirs ouvriers compte tenu de son discours pro-classe moyenne.
*** En ce sens, il est opportun de tracer un parallèle entre la trajectoire de la culture rap et punk, similaire en matière de sens et de récupération.
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JAMES BROWN
Père reconnu, le “N° 1 soul brother”, “The Godfather of Soul”, “Mr. Dynamite”, “The Hardest-working Man in Show Business”, Joe “James” Brown Jr. Chanteur, compositeur, producteur, homme d’affaires noir émérite, élément incontournable du patrimoine culturel musical américain en ayant influencé les genres rock, soul, r&b, jazz et rap, symbole d’une culture africaine qu’il a su ré-interpréter et ajuster au goût et à la philosophie américaine après un voyage sur le continent-mère. James Brown, produit d’une tradition religieuse et spirituelle transmise à tout(e)s descendant (e)s de la diaspora africaine sur le sol du nouveau monde, a longtemps symbolisé l’effort, la détermination et la réussite* du Noir face aux obstacles et aux stéréotypes négatifs attachés à sa couleur de peau dans le pays déjà exterminateur des Indiens. La précision de son travail – l’invention de la funk music, des changement de rythmes et de la notion de groove -, sa qualité – son travail acharné et le recours à des pointures Bootsy Collins, Fred Wesley, Maceo Parker, Jimmy Nolen, Phelps Collins -, ses innovations – le mariage d’éléments r&b avec la tradition rythmique du jazz – son message politique – Say it loud, I’am black and I’m Proud** – son esprit d’entreprise – il a acheté des stations de radio- en ont fait un modèle de référence.
* En 1963, il financera lui-même l’enregistrement de son disque Live at the Apollo.
** Son morceau coïncidera une époque de ré-appropriation de son identité par les Noirs qui adoptent le
terme black plutôt que celui de negro imposé par les Blancs.
SOUL COMME SOUL(IGNER)
Dans une société américaine des années 60 en crise où blancs et noirs vivent séparément, la musique noire répond à cette réalité*. Elle ne passe sur les ondes que sous l’étiquette race music et est souvent reprise par des artistes blancs. De Bill Halley à Elvis Presley. Une partie de la jeunesse du pays ne comprend pas et conteste le décalage existant entre le discours officiel et une effroyable et choquante** réalité mise à nu, alors que le monde change et que les médias en couvrent l’actualité*** Comment, «à la maison», les Noir(e)s peuvent-ils subir toujours autant les effets d’un racisme institutionnel violent, honteux et dommageable (que dénoncent les poètes Last Poets) quand d’anciennes colonies africaines gagnent leur indépendance…? La musique va progressivement se faire porte-parole d’un désir de libération plus directement exprimé.
* We’re Moving On Up – Curtis Mayfield
** Uncle Sam – Tevin Campbell
*** C’est au cours des années 50 que la télévision entre dans les foyers et modifie considérablement ombien le public voit le monde. Les grands médias américains ne vont couvrir qu‘une fraction de ’Amérique noire, celle de l’influence/conséquences des immigrants du Sud confrontés à la brutalité raciale u sud – images de chiens bergers allemands mordant des manifestants en Alabama, par exemple. Puis, ce seront des images de violence raciale dans le Nord qui constituent les premières images que découvre ’Amérique blanche puis le monde via la télévision – insurrection urbaine. C’est la principale représentation ui est donnée des Noir(e)s. Aucune image de Noir(e)s retourné(e)s dans un esclavage abject via un système e métayage tronqué et souffrant le martyr dans le Sud ne sera montré/disponible avant plusieurs années, cr l’Amérique ne veut pas de cette image intérieure et contradictoire d’elle-même. Et parfois, elle en a honte. Une certaine image médiatique du Noir a été imposée.
SOUL COMME SOUL(ÈVEMENT)
Au cours des années 70, c’est une musique qui répond aux secousses produites par le mouvement pour les droits civiques et l’espoir qu’il a suscité : atteindre une société égalitaire entre noirs et blancs, la demande de reconnaissance identitaire du mouvement Black Power, la tristesse de ses héros |
disparus (King Jr, Kennedy, X), l’accès à une nouvelle étape identitaire. La narration du blues, la déstructuration rythmique du be-bop, l’esprit de liberté du jazz, le témoignage du gospel, se traduisent maintenant au travers d’une musique qui célèbre la reconnaissance statutaire et esthétique de la couleur noire, de ses représentant(e)s, et de leur histoire. C’est la musique des messages d’amour, de solidarité et d’émulation collective. Une musique qui, comme la salsa ou le boogalo pour les Hispaniques, chante la fierté, le black power. |
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LE DJ KOOL HERC
De ces soirées tenues notamment au Community Center, (1520 Sedgwick, avenue du Bronx), ou au Twilight Zone, le nom d’un organisateur particulier ressort : Clive Campbell, alias DJ Kool Herc. Fils d’immigrant d’origine jamaïcaine influencé, à la fois, par la culture des sound systems du pays de ses parents, leurs disques de r&b «à la Motown», le ska, le re/ae, et par ce qui est diffusé à la radio. Herc crédite, lui aussi, Lightning Rod et James Brown pour avoir fourni les bases fondatrices de la musique liée à la Hip Hop*, mais c’est lui qui lui donnera vie. C’est en effet la Jamaïque qui a apporté au rap américain ses éléments re/ae, et c’est à l’emprunt de rythmes r&b que l’on peut attribuer le premier son rap. Herc est le premier DJ identifié aux Etats-Unis comme ayant popularisé ces soirées inspirées de celles existant dans sa Jamaïque natale. Aux platines de son sound system, «Herculords», il mélange un vaste répertoire de cultures musicales qu’il affectionne, mixant, à l‘oreille, des standards de pop, de rock, de funk, de r&b ou de musiques latines que l’on peut entendre en clubs ou à la radio, MAIS à la différence d’autres DJ’s existant, qu’il a le génie d’entrecouper de séquences sélectionnées à partir de ces mêmes disques**. En isolant et rejouant la partie instrumentale de deux mêmes disques (le break beat) et en en allongeant la durée au cours de laquelle le public choisit plus particulièrement d’y chanter et danser, il invente une nouvelle manière de jouer un disque et sa réponse par le public. Plus tard, en demandant à un ami d’animer la foule au micro, Cock La Rock, il pose les bases de ce qui va devenir l’art du Mcing (l’art de rapper). Il métamorphose, américanise la culture des DJ’s jamaïcains sur le terrain new-yorkais.
* Jalal Nuridin, le grand-père de cette façon de scander la réalité fait un distinguo entre rap et poésie. Pour le premier, l’effort ne consiste qu’à produire des rimes, alors que pour le second, il s’agit de penser au sens des mots et de leur impact sur un public qui y est attentif.
** Par exemple, des breaks de batteries qu’il a la particularité d’isoler et être le seul à posséder à cette époque : Scorpio de Dennis Coffey coupé par The Mexican de Babe Ruth, par exemple. Mais plus important, les dates d’apparition des disques de James Brown et leur impact ont correspondu à soit une danse, soit un message social et culturel de la star noire. Exemple : Funky Drumer en 1969 et Get on The Goodfoot en 1972.
UNE RENCONTRE DE CULTURES : L’APPORT JAMAïCAIN
Héritière technique de la culture des DJ’s jamaïcains, mais pas de la même spiritualité, la musique qui porte le nom de rap music aux Etats-Unis représente ainsi la première usique américaine afro qui exprime, partage, confie, sans détour, l’univers d’une Amérique des laissés-pour-compte plus durement touchée que les autres, notamment par la première crise liée au pétrole. En réalité, le rap est l’amalgame direct d’origines musicales américaines passées par différents filtres, dont un, culturel, jamaïcain. La programmation des radios locales jamaïcaines imposant l’influence américaine sur place, puis sa ré-interprétation/enrichissement lors de son «retour» sur le sol américain. C’est l’univers du toasting jamaïcain d’un Ewart Beckford/U-Roy ou d’un Osbourne Ruddock/King Tubby, (premiers artistes de dub des années 60), fusionné avec celui du Delta et de l’Urban Blues (la musique du sud des États-Unis), du r&b (une forme plus légère, plus romantique et plus rythmée que le gospel), de la funk (la version dynamique et sexuelle du r&b) de la disco (la version édulcorée et issue des studios d’enregistrements du r&b). Finalement, c’est une nouvelle création insolite, appréciée, soutenue et familière de la culture musicale des jeunes Noirs et Hispaniques du Bronx. Si la musique américaine noire introduit/produit du contraste, la musique caribéenne introduit une palette de racines. Elles conjuguent leurs ingrédients respectifs.
LES DJ’S/LES MC’S : UNE NOUVELLE MANIÈRE D’ANIMER
Ce sont les DJ’s principalement originaires de la circonscription du Bronx du sud et de l’ouest – Grand Wizard Theodore*, Fashion, Disco King Mario, Flowers, Hollywood**, Grandmaster Flowers, AJ, Breakout, Baron, – qui mixent des morceaux de funk «à la» James Brown ou «à la» Isaac Hayes, Peoples Choice, The Ohio Players, Dennis Coffey, Willie Hutch, Curtis Mayfield, The Isley Brothers, BB King, Johnny Taylor, Fatback Band, en fonction des évolutions cycliques du r&b. Chacun a son style, sa manière d’animer que l’on retrouve disponible sur des cassettes à la vente. Le plus jeune, Flash/Joseph Sadler****, est considéré comme un DJ compte tenu de sa virtuosité, alors que son aîné Herc l’est comme record player/ programmateur de disques. Pete DJ Jones, (plus âgé), comme un DJ exclusif des clubs noirs adultes situés downtown (Nell Gwynn’s, Pippins, Nemos, Justine’s, Ipanemas) et n’officiant pas dans les parcs. Lui, place le diamant à un endroit donné précis du disque plutôt que ne mixe les disques et joue exclusivement de la disco. Leur programmation n’est pas la même car chacun évolue pour des publics et à des endroits différents. Ils sont bientôt rejoints par des DJ’s originaires de Brooklyn – Maboya, Plumber, Frankie D, Master Monkay - et de Manhattan - tels que Master Don and the Def Commitee, Crash Crew, The Force MC’s (qui deviendra The Force MD’s), de Staten Island, Disco Twins, de Queens. Chacun choisit de focaliser soit sur une programmation de disques de disco, soit de r&b et de funk.
* Les Livingston Brothers étaient un pool d’équipes constitué de Cordeo, Grand Wizzard Theodore, Mean Gene (son petit frère) qui travaillait avec Grand Master Flash (avant qu’ils ne se séparent), et de Master Rob et Kevvy Kev connu sous le nom de Fantastic Five. Il existait de nombreuses équipes de DJ’s dont les membres se croisaient dont l’animation verbale se faisait via une foule de MC’s. Fantastic Five et Cold Crush Brothers vont lancer la mode des battles bon enfant ou de rimes salaces. Bambaataa fera travailler jusqu’à 10 MC’s mettant l’accent sur la citation d’hommes noirs illustres.
** Sur ses flyers, on pouvait lire «Featuring the Golden Voice of DJ Hollywood».
**** Jeune étudiant de la Samuel Gompers Vocational School, féru en bidouillage électrique, il va révolutionner le genre. Il concocte dans sa chambre un mélangeur de sons entre deux platines et entreprend de perfectionner la technique de mixage inspiré de celle de Pete DJ Jones (qu’il a rencontré et observé) en utilisant le disque différemment. Il y ajoute la méthode dite de la montre – il utilise le diamant en tant que répétiteur du rythme -, sur les breaks, et perfectionne également la technique inventée par Theodore Livingston/Grand Wizard Theodore, l’art du scratch. Nouvel art du mixage et technique de scratchs maîtrisés, Grand Master Flash et née. Une révolution sonique débute.
>>DES EXTRAITS DE "SOUFFLE" SUR LE SITE WWW.SOUFFLE2VIE.COM<<
>>LA PAGE MYSPACE DES SUPREMES<<
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